Consommer « solide » ou le syndrome du tire-bouchon chinois

Parmi les objets qui me sont chers se trouvent un tire-bouchon et une horloge comtoise tout deux hérités de mon Grand-Père.
J’ai souvenir d’avoir vu ce dernier utiliser ce tire-bouchon alors que j’étais enfant, il y a environ 50 ans, peut-être en avait-il d’ailleurs lui-même hérité ? Simple et fiable, Il est fait d’acier et d’aluminium, est très fonctionnel. Comble de sophistication, il comporte une lame de rechange, qui n’a bien sûr jamais servi, malgré l’intérêt que son propriétaire manifestait pour les bons vins.
La grande horloge est tout autre. Mon père se souvient qu’étant jeune – il devait avoir une douzaine d’années – cet instrument lui rendait impossibles les nuits qu’il passait régulièrement dans la chambre de SON grand-père, avec ce carillon toutes les demi-heures et l’égrenage de chaque heure.
Enquête menée, cette horloge familiale date en fait de 1848 environ, bientôt 170 ans.
Après une courte réparation l’année dernière, qui a surtout consisté à lui retrouver deux poids, une manivelle, un meuble, un balancier (d’époque, svp, merci aux enfants qui nous ont fait cet inestimable cadeau et à cet horloger de génie qui fût leur complice)
Et à lui faire subir un nettoyage. Et la voilà comme neuve qui rythme le temps maintenant à la maison avec une précision incroyable.
Tic,tic-tac, la vielle horloge de Grand-Mère,
Tic-tic-tac ….(1)

Où veut-il en venir direz-vous ?

Vous avez tous probablement déjà fait l’expérience du tire-bouchon de foire chromé dont la tête décapsuleuse a déclaré forfait à sa première rencontre avec une bouteille de bière ? Et la paire de ciseaux qui n’a jamais rien coupé ? La lampe de poche qui a rendu l’âme la première semaine ? La perceuse qui s’est mise à fumer au premier perçage, le ciseau à bois abîmé lors de sa première confrontation avec le balsa ….
Tous ces objets ont un points commun : ils sont pour la plupart des imitations, des « ersatz » comme disait Morris (2), des facsimile pour certains (cad pour lesquels l’intention même de faire un outil fonctionnel n’est pas prouvée) , donc dis-je, des reproductions d’objets usuels qui furent dans le passé des outils ou accessoires ayant une durée de vie illimitée à l’échelle humaine, que l’on se transmettait de génération en génération, telles la passoire et la louche en aluminium ou la hâche, et qui sont maintenant produits dans des pays lointains avec des matériaux de mauvaise qualité dont les dimensions ont été réduites (épaisseur, largeur, diamètre) afin d’en diminuer le coût de production.

Le résultat ? Des milliards d’unités de ce type arrivent par bateau en Europe chaque année, passent brièvement par l’étal du marché pour atterrir sans coup férir dans nos déchetteries après la première tentative d’utilisation, voire quelquefois avant.

Qu’y faire ?

Citoyens de tous les pays …. Vous avez le pouvoir en tant que consommateur. Refusez tout net de participer à cette gabegie, achetons du solide, fabriqué proche de chez nous !

Maintenant voilà, je sais, ça n’est pas facile, et puis, il est si tentant ce lot de dix tire-bouchons de différentes couleurs ….. !

Courage, … fuyons !
(1) Pierre Chêne, chanteur et conteur
(2) William Morris, « l’Age de l’ersatz’, cité par Paul Ariès dans « La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance »

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